10/08/2026
Magnifique tranche de vie délivrée dans un texte exprimant des moments de jeunesse d’un ami extraordinaire et déterminé à partager sa passion via une plume bien maniée !
Bonne lecture
À l’étage de la maison familiale, une mystérieuse porte. À même le mur de ma chambre d’enfant. Peut-être que cette pièce avait été la chambre de ma sœur avant de devenir la mienne. Je l’ignore.
Mais toujours cette porte.
Cette porte qui s’ouvrait sur l’acaillot.
Enfin… je pense que ça s’écrit comme ça.
Je ne sais même pas si le mot existe réellement. Il vient peut-être de la Gaspésie de ma mère, quelque part autour de la Baie-des-Chaleurs. Il vient peut-être de l’anglais « attic hole », déformé, mâchouillé et transmis d’une génération francophone à l’autre. Il vient peut-être aussi de mon village natal, Saint-Cuthbert… là où mâcher les mots est une tradition!
Ou peut-être pas. Peut-être qu’il s’est simplement posé là, dans le jargon familial, et qu’aucune autre famille ne l’utilisait…
Ce que je sais, c’est que l’acaillot, chez nous, c’était une pièce à part. Un espace non isolé, aménagé à la hauteur de l’étage, sous le toit. Pas tout à fait une chambre. Pas tout à fait un grenier. Un endroit où l’on entreposait les choses qu’on voulait garder.
Ma mère m’y a laissé beaucoup de choses. Des choses qui me la rappellent. Des souvenirs, évidemment. Mais surtout l’envie de foncer dans les projets.
Je l’ai vue apprendre tant de choses au fil des années, simplement parce qu’elle en avait envie. Le tricot, l’accordéon, la peinture, le piano… D’innombrables façons de faire, d’être et de vivre. Un certain goût pour les projets un peu fous.
Mon père aussi, à sa façon, y a rangé beaucoup de choses. Plus conservateur, moins fonceur, mais toujours prêt pour le prochain défi. Je ne l’ai jamais vu échouer. Jamais.
Si les souvenirs de ma mère sont faits d’images claires et de scènes vivantes, ceux de mon père sont surtout faits d’odeurs. Le bois travaillé. La ripe qui reste en suspens dans l’air du sous-sol. Son cou qui sentait l’Aqua Velva Ice Blue. Le wh**ky blanc, la sueur de sa casquette, le gravy d’un steak et un éternel fond de tabac à rouler…
À eux deux, ils ont laissé à ma sœur et à moi des souvenirs, des habitudes, des comportements, des réflexes, un langage…
Et des mots comme celui-là : « acaillot ».
Alors, quand est venu le temps de trouver un nom pour les produits les plus rares de Projet Bleu Ferme, ceux que nous fabriquerons en petites quantités à partir de nos plus belles pièces, j’ai pensé à ce mot.
L’Acaillot.
Pas une « gamme de luxe ». Le luxe, ça sonne parfois trop propre, trop brillant, trop loin de nous. Le luxe, ça ne faisait pas partie de mon quotidien, enfant.
L’Acaillot, c’est autre chose.
Ce seront des produits fabriqués en petits lots. Des transformations exceptionnelles, des essais particulièrement réussis, des pièces que nous ne pourrons pas toujours reproduire. Des produits faits pour recevoir, pour impressionner un peu la visite ou simplement pour donner le coup d’envoi à un beau moment.
Chez nous, la table n’avait rien de gastronomique. On mangeait, on se dépêchait de tout ramasser, puis on jouait aux cartes jusqu’à pas d’heure. Mes parents aimaient recevoir. La nourriture lançait la soirée. Les souvenirs se fabriquaient après.
C’est peut-être ça que je cherche à faire avec PBF : mettre quelque chose de vraiment bon sur la table, puis laisser les gens fabriquer la suite.
Ces produits seront offerts en priorité à nos abonnés. Les quantités restantes seront ensuite rendues disponibles au grand public.
Il n’y en aura pas toujours.
Il n’y en aura jamais beaucoup.
Mais ce qui se retrouvera dans l’Acaillot aura été choisi pour une raison.
Parce qu’il y a des choses qu’on ne met pas avec le reste.
Il y a des choses qu’on garde à part.