08/19/2025
Durant nos vacances, on a prêté notre maison à des amis montréalais. Une occasion pour eux de séjourner à l’extérieur de la ville pour quelques nuits.
Les recevoir à la maison durant notre absence nous emballait presqu’autant que l’idée de partir nous-mêmes en vacances.
On a préparé la maison comme un «air bnb» et rassemblé les dépliants touristiques sur la table de cuisine, sur laquelle on a aussi déposé un sirop d’érable local comme petit cadeau de bienvenue.
La fierté d’accueillir des gens qui n’ont jamais mis les pieds au nord de Gatineau dépasse largement les quatre murs de notre maison.
Depuis notre resort dominicain (on a priorisé le soleil et le repos), on a pris le temps de demander à nos amis quelques mises à jour sur leur séjour en sol val-gatinois.
Les fragments d’informations reçus nous comblaient en tant qu’hôtesses novices : photos de randonnées, de lacs, rencontres avec certains acteurs locaux. «Wow, ils passent un bon moment chez nous!».
À peine quelques minutes après l’aterrissage du retour, un post mortem autour d’une poutine s’imposait, pour encore plus de détails. «Pis, sérieux, avez-vous aimé ça, votre petite escapade dans la Vallée-de-la-Gatineau?»
- Mets-en. On a passé vraiment du bon temps. Merci encore pour votre maison. Mais on a juste une question : pourquoi vous vivez ici? Qu’est-ce qui fait que vous y restez?
Comme a dit Richard Desjardins : « C’est rentré comme un clou. Un couteau dans ‘patate. ».
Nos amis ont un mode de vie actif et les activités diversifiées font partie de leur quotidien. Ils ont soif de nouveauté, qu’ils parviennent facilement à satisfaire en faisant quelques pas au pied de l’escalier de leur joli 5 et demi de Villeray. On sait que leur question n’était pas de l’ordre de la malveillance mais plutôt empreinte de curiosité.
Avant leur arrivée, on a peut-être fait l’erreur de mettre sur un piédestal notre chez-nous. La forêt à distance de marche, les grands espaces, tout ce qui nous manquait quand on a quitté la région durant nos études qu'on s'est empressées de leur étaler. Le rythme de la ville nous a étouffées juste assez pour revenir ici et ne plus jamais vouloir s’en aller.
Eux, ils ont apprécié l’air frais, les randonnées, la cueillette de petits fruits, l’accueil des gens qu’ils ont rencontrés. Malgré ça, ils n’étaient pas fâchés de retourner à la maison. Malgré ça, ils se demandent « pourquoi on reste ici ».
On a pas été capable de leur donner une réponse élaborée du tac au tac, sinon ce qu’on a énuméré un peu plus haut. L’espace. La lenteur dont on profite, sans le traffic, les klaxons.
Mais si on peut se reprendre, pour fêter le retour des vacances et le début imminent de l’automne comme un renouveau, voici plus précisément pourquoi on reste ici et pourquoi on pense que la Vallée-de-la-Gatineau est une région d’accueil remarquable.
Parce que les nouveaux, qu’ils viennent du Maroc, de France ou de Villeray, peuvent se sentir chez eux autant que nous qui sommes nées ici. Des gens bienveillants ont les outils pour un accueil en douceur, et les organismes, entreprises et institutions ont besoin de votre expertise...de livreur ou de docteur.
N’est-ce pas flatteur de se sentir autrement qu’un numéro, au sein d’une communauté qui vous appelle par votre prénom, qui admire votre parcours, qui veut connaître vos parents?
On reste ici parce qu’on a juste à aller voir le gérant de l’épicerie pour qu’il ajoute la «kewpie mayo» ou le «gochujang» sur ses tablettes, et il n’y manquera pas : la semaine prochaine, tu auras le meilleur poké du quartier et tu pourras cuisiner du kimchi. Ça se pourrait même que ce même gérant t’en demande un pot.
Parce que les tables libres au resto t’attendent, et le serveur n’a besoin que de deux visites back à back de ta part pour te considérer sa cliente régulière préférée.
Parce qu’on a l’amitié facile, l’invitation en ponton en suspens, entre deux gorgées de cidre fabriqué à Bouchette. Parce que le beau-père connaît quelqu’un sur la rue Roy qui peut réparer le vélo du petit. Son numéro n’est pas sur Google, il est écrit sur un bout de papier collé sur le frigo depuis 1999.
Parce que les soirées où il n’y a «rien à faire» sont des occasions de découvrir un nouveau sentier, un nouveau lac, un nouveau chemin où aller marcher avec ton chien. Inviter ta mère à souper. Reprendre contact avec un cousin. Jouer de la musique au bord du feu. Sortir les albums photos.
Puis quand une activité culturelle se présente, c’est précieux, ça peut même devenir magique si on s’ouvre bien les yeux. On n’a pas l’embarras du choix, mais on peut choisir de chérir la rareté.
Quand on nous demande «pourquoi on reste ici», c’est pour tout ça.
Vous êtes avides de loisirs, de culture, de sports, de diversité, de projets, d’un agenda bien rempli. Nous, ce qui nous anime, c’est de vous dire : regardez chez-nous comme c’est beau, comme c’est facile, regardez comment la liste est longue et comment on pourrait continuer longtemps de vous en dire.
Notre fierté n’a pas de limites, mais on sait qu’il y a encore beaucoup à bâtir.
On a besoin de bras.
C’est une invitation.