14/05/2026
INAUGURATIONS OFFICIELLES AU CAMEROUN
ET SI NOUS REDONNIONS AUX ARCHITECTES LA PLACE QUI LEUR REVIENT ?
L’inauguration récente du siège de la FECAFOOT a suscité admiration et enthousiasme au sein du public camerounais.
Cet édifice, déjà qualifié par plusieurs médias de « joyau architectural », témoigne du potentiel créatif, technique et intellectuel des Architectes camerounais.
Mais au-delà de la célébration de l’ouvrage lui-même, un constat mérite d’être posé avec responsabilité :
Dans de nombreuses inaugurations officielles dans notre pays, les Architectes — pourtant concepteurs des œuvres inaugurées — demeurent absents des prises de parole, des récits institutionnels et parfois même des plaques commémoratives.
Et pourtant, derrière chaque édifice public majeur, il existe :
▪️ une vision architecturale ;
▪️ une réflexion urbaine ;
▪️ une démarche culturelle ;
▪️ des années d’études, de conception et de coordination ;
▪️ des auteurs.
L’architecture est une œuvre de l’esprit.
À ce titre, les Architectes disposent de droits moraux et patrimoniaux reconnus par le Code de Déontologie et des Devoirs Professionnels des Architectes, les textes de l’OAPI ainsi que les principes internationaux du droit d’auteur.
📖 ARTICLE 91 — LES DROITS MORAUX DE L’ARCHITECTE
Ils consistent dans les droits qu’a l’Architecte :
▪️ de revendiquer la paternité de son œuvre même après cession, en particulier le droit de faire porter son nom sur les exemplaires de son œuvre et dans la mesure du possible et de façon habituelle, en relation avec toute utilisation publique de son œuvre ;
▪️ de s’opposer à toute déformation ou autre modification de son œuvre, à toute autre atteinte à ladite œuvre qui pourrait porter préjudice à sa réputation ou à son honneur conformément à la convention régionale instituant *l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI)* signée le 02 mars 1977 à Bangui (République Centrafricaine) et révisée le 24 février 1999 et au Code français de la propriété intellectuelle généré le 17/12/2007.
Il est important de rappeler que :
📌 Les plans architecturaux, croquis, maquettes, concepts et œuvres bâties sont protégés par le droit d’auteur.
📌 L’Architecte demeure l’auteur de son œuvre, même lorsque le bâtiment appartient au maître d’ouvrage.
📌 Toute utilisation publique d’une œuvre architecturale devrait normalement mentionner son concepteur.
📌 Dans plusieurs pays, les plaques commémoratives des bâtiments publics mentionnent systématiquement :
— l’Architecte ;
— les bureaux d’études ;
— les ingénieurs ;
— les entreprises ;
— les différents intervenants du projet.
📌 Les grandes œuvres architecturales sont également documentées dans les archives nationales, les publications institutionnelles et les médias spécialisés afin d’assurer leur transmission historique.
Dans plusieurs pays à travers le monde, il est aujourd’hui naturel que :
✔️ les Architectes soient associés aux cérémonies inaugurales ;
✔️ leurs noms figurent sur les bâtiments ;
✔️ les médias documentent la vision architecturale des projets ;
✔️ les concepteurs puissent présenter leur démarche au public.
Car un bâtiment n’est pas uniquement une infrastructure.
C’est également :
— un témoignage d’époque ;
— un marqueur culturel ;
— un patrimoine ;
— une mémoire collective en construction.
Le cas du siège de la FECAFOOT remet ainsi en lumière une question fondamentale pour notre profession et pour notre pays :
Comment construire une mémoire architecturale nationale si les auteurs des œuvres ne sont ni documentés, ni cités, ni transmis aux générations futures ?
En tant que Présidente de la Commission Culture, Patrimoine et Communication de l’Ordre National des Architectes du Cameroun, je souhaite rappeler l’importance :
🔶 de valoriser les Architectes camerounais ;
🔶 de reconnaître publiquement leur contribution ;
🔶 d’intégrer systématiquement les concepteurs dans les inaugurations officielles ;
🔶 d’inscrire leurs noms sur les plaques commémoratives des édifices publics ;
🔶 de documenter les œuvres architecturales nationales ;
🔶 de développer une véritable culture du droit d’auteur appliqué à l’architecture ;
🔶 de construire une mémoire architecturale durable pour le Cameroun.
Valoriser les Architectes, ce n’est pas une question d’ego.
C’est une question :
▪️ de culture ;
▪️ de patrimoine ;
▪️ de transmission ;
▪️ d’histoire ;
▪️ de respect de la création intellectuelle.
Parce qu’une nation qui oublie les auteurs de ses bâtiments finit aussi par oublier l’histoire de ses villes.
Arch. Édith Flaure Mipo Tchinkou
Présidente de la Commission Culture, Patrimoine et Communication
Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC)