11/06/2026
Débat
Il n'existe pas encore de cinéma camerounais, mais une production de films camerounais.
Cette affirmation peut choquer certains professionnels du secteur, mais elle mérite réflexion.
Un cinéma ne se résume pas à l'existence de films produits dans un pays. Un cinéma est avant tout une industrie. Lorsqu'on parle du cinéma hollywoodien, du cinéma français ou du cinéma indien, on ne pense pas seulement aux acteurs. On pense également à une multitude de métiers et de talents qui structurent durablement la création : réalisateurs, scénaristes, directeurs de la photographie, monteurs, décorateurs, ingénieurs du son, compositeurs, costumiers, producteurs, distributeurs, exploitants de salles, écoles de formation, syndicats professionnels, etc.
Le cinéma est un écosystème.
Au Cameroun, nous produisons des films. d'autres connaissent même un succès populaire. Mais notre modèle de production repose encore largement sur des initiatives individuelles et des efforts ponctuels. La plupart du temps, l'attention du public se concentre uniquement sur les têtes d'affiche : les acteurs ou quelques réalisateurs connus.
Posez la question à un cinéphile camerounais moyen : combien de directeurs de la photographie camerounais peut-il citer ? Combien de monteurs ? Combien de compositeurs de musique de film ? Combien de décorateurs ou de directeurs artistiques ?
Très peu.
Cette réalité révèle que nous avons davantage une production de films qu'une véritable industrie cinématographique structurée.
Parler de « cinéma camerounais » ne devrait donc pas être un slogan ou une revendication identitaire. Ce devrait être l'objectif à atteindre : construire un système durable où tous les métiers du cinéma sont reconnus, organisés et valorisés.
Le jour où le public connaîtra autant nos chefs opérateurs, nos scénaristes, nos monteurs et nos compositeurs qu'il connaît nos acteurs, alors nous pourrons véritablement parler d'un cinéma camerounais.
En attendant construisons notre cinéma.