08/09/2025
Hier, dimanche, séance de contes en EHPAD. Rare un dimanche, mais ça arrive.
Le décor est posé.
Je déroule mes histoires...
Un de mes contes répète cette petite maxime : "tout arrive pour le mieux, tout est parfait en toute chose"
À la fin de la séance, je m'adresse aux personnes pour avoir leur ressenti : est-ce qu'un des messages de sagesse leur a "parlé" d'avantage qu'un autre... ?
Et comme il s'agit d'un grand groupe (un peu plus d'une vingtaine de personnes) la prise de parole est délicate. Alors je décide d'aller les voir individuellement et d'échanger avec ceux qui le souhaitent (et qui le peuvent).
J'arrive vers Christiane, branchée à un dispositif d'oxygenation, voix fluette, elle me livre :
-"moi aussi j'ai une histoire à raconter mais je n'ai pas de voix pour le faire".
Qu'à cela ne tienne, je peux me faire porte-voix.
Alors Christiane me raconte.
J'écoute, puis je me lève et réajuste mon micro-casque :
- Lorque Christiane avait 7 ans, elle vivait dans le Pas-de-Calais avec sa famille, sous les bombardements de la guerre. La vie était rythmée par les descentes précipitées vers la cave dans laquelle on attendait que le silence revive.
Puis est arrivé le temps de la décision : ~leave or dye trying~ L'exode.
Toute la famille a embarqué dans une fourgonnette jaune. ("Discret pour une fuite le jaune"... a ajouté Christiane en souriant).
Christiane se rappelle les cadavres à enjamber pour circuler dans les rues.
《Mais, ce n'est pas l'horreur de la guerre qu'elle veut raconter》
Lorsque sa famille arrive enfin en "zone protégée" (ou en tout cas beaucoup plus épargnée), elle passe, comme des milliers de familles, par Sully-sur-Loire et décide de s'arrêter pour acheter quelque chose à manger à la petite gare de Sully.
Dans cette gare, ils rencontrent une dame, charmante, élégante, elle porte un petit chapeau noir🎩 La famille échange avec elle un moment : leur fuite, la peur, le périple, leur destination. Puis ils reprennent la route vers le sud.
À son tour, quatre jours plus t**d, la tante de Christiane, son mari et leurs enfants fuient Boulogne-sur-mer, le cri des bombes, l'odeur du sang. L'exode.
A cette époque, pas de portables, pas de réseaux sociaux, pas de nouvelles de la famille.
Mais Dieu plannifie.
La tante de Christiane et sa famille, arrivée dans la "zone refuge", décide de s'arrêter un moment.
*Où ça ?*
~Précisément - exactement~ à la petite gare de Sully-sur-Loire.
*Qui croisent-ils ?*
~Précisément - exactement~ la dame charmante au petit chapeau noir 🎩
Et dans le flux des centaines de milliers de personnes à fuir passant par Sully-sur-Loire, la tante de Christiane a su.
Elle a su que sa famille était saine et sauve et poursuivait sa route.
"tout arrive pour le mieux, tout est parfait en toute chose"
C'est cela que Christiane tenait à partager. Le beau dans le tragique. L'inattendu.
Elle a ajouté (et ça, c'était uniquement pour me mettre les larmes aux yeux je crois), que son père avait réuni toute la famille, saine et sauve : *"nous n'avons plus rien, seulement les vêtements que nous portons, mais on est ensemble, vivants"* et il les avait enlacés tendrement.
~Tout n'est pas toujours tendre en toute chose, mais qu'est-ce que c'est émouvant quand ça l'est~
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*️⃣ Nulle en com, je n'ai encore fait aucune photo... 🤦🏻♀️ alors pour illustrer j'ai demandé à l'IA de me peindre ~la dame au chapeau noir~