23/07/2026
Bien dit !
La mort a un défaut de communication.
Elle ne prend jamais rendez-vous, ne laisse pas de mode d'emploi, et refuse obstinément de répondre aux questions.
Il faut reconnaître que, pour quelqu'un qui concerne absolument tout le monde, elle est d'une discrétion presque agaçante.
Alors nous faisons ce que les humains savent faire de mieux : nous évitons le sujet. Nous parlons de projets, de météo, de la dernière série à regarder, de ce que nous mangerons dimanche…
Tout cela est très important, bien sûr. Mais, de temps en temps, la mort s'invite dans un silence, et nous rappelle une vérité étonnante : ce n'est pas parce qu'une chose est inévitable qu'elle doit être effrayante.
Les philosophes s'y sont cassé les dents depuis des siècles. Certains ont dit qu'elle était une fin, d'autres une transformation, d'autres encore un mystère qu'il valait mieux contempler que résoudre.
Pendant ce temps-là, la vie continuait de faire ce qu'elle fait de mieux : faire fleurir les cerisiers, provoquer des fous rires au mauvais moment, aimer nos proches...
Peut-être que le véritable tabou n'est pas la mort. Peut-être est-ce notre difficulté à accepter que tout soit provisoire?
Nous rêvons d'un monde où le temps aurait la délicatesse de ralentir quand nous sommes heureux.
Pourtant, c'est justement parce que les choses ont une fin qu'elles ont une valeur. Une mélodie jouée sur une seule note finirait par lasser. Un coucher de soleil permanent ne serait plus un coucher de soleil. Même les plus beaux livres ont besoin d'une dernière page, sans quoi nous ne les refermerions jamais avec ce sourire un peu mélancolique...
La mort ne donne peut-être pas un sens à la vie. Mais elle lui donne un relief.
Elle nous rappelle, sans un mot, que chaque rencontre est unique, que chaque éclat de rire est une petite victoire contre l'oubli, et que dire « je t'aime » aujourd'hui est toujours une meilleure idée que de le remettre à demain.
Au fond, nous ne sommes pas des êtres qui marchent vers la mort.
Nous sommes des êtres qui traversent la vie. Et quelle aventure étrange !
Nous arrivons sans carte, nous improvisons presque tout, nous passons un temps étonnamment long à chercher nos clés, puis nous découvrons, souvent trop t**d, que les plus grandes richesses tenaient dans des choses impossibles à posséder : une présence, une main tendue, une conversation qui s'éternise, un rire partagé.
Alors peut-être qu'au lieu de faire de la mort un tabou, nous pourrions en faire une vieille philosophe un peu grincheuse...
Elle nous regarderait avec un sourire malicieux et nous soufflerait : « Ne perdez pas votre temps à me craindre. Vous en avez déjà si peu... utilisez-le pour vivre. »
Et si cela nous fait sourire, ce n'est pas parce que la mort est légère. C'est parce que l'amour, lui, pèse infiniment plus lourd...
Ps: J'aime l'idée que l'humour puisse être une forme de sagesse : non pas pour se moquer de la mort, mais pour lui refuser le dernier mot...