27/01/2018
[Bioéconomie] Le projet : « séquencer le génome de tout ce qui vit sur Terre, et d’en conserver les codes dans une banque garantissant la propriété, l’origine et la commercialisation. » Alors Big tech. ou humanisme ?
La bioéconomie est une belle idée quand elle entreprend de s’inspirer de la nature sans chercher à se l’accaparer. MAIS elle se transforme en monstre quand elle devient une méga machine à fabriquer des dollars, sans souci de sa matière première principale, en l’occurrence le vivant.
Un malaise nous envahit. Un sentiment amer de démodé, de non pertinent et surtout de non conforme aux aspirations du temps. Comme un goût bizarre de colonialisme aux accents paternalistes, cette fois-ci, sur l’ensemble des espèces vivantes.
Pour les porteurs de projet, si un écosystème est très convoité, c’est qu’il est exceptionnellement riche. Alors pourquoi ne pas fonder une économie sur l'exploitation des organismes vivants de la région et des informations biologiques qu'ils contiennent ? Dans ce projet, chaque brique du vivant (décodée) pourra être exploitée et monétisée.
Aldous Huxley écrivait jadis « Les primevères et les paysages ont un défaut grave : ils sont gratuits ».
Ce ne serait plus le cas : Offrir – vendre ? – dans un immense catalogue, toutes les briques Lego du vivant. C’est un marché particulièrement juteux qui se profile : Jusqu’à présent c’est seulement 0.1 % de l'ADN des espèces animales et végétales qui a été séquencé. Cela a suffi pour stimuler l'agriculture et la bio-industrie de plusieurs milliards de dollars. Chaque dollar investi dans la bioéconomie pourrait rapporter 65 dollars à l’économie américaine.
L'essayiste Dorothée Browaeys écrit : Ce mouvement « porte en germe le meilleur comme le pire. Il peut organiser une économie de prédation redoutable - en considérant l’environnement comme un bien économique quelconque », forçant la nature à intégrer la logique économique et la configuration marchande. Le vivant serait alors réduit à des composants informationnels, des biobriques porteuses de fonctions brevetables.
Cela fait pourtant plusieurs décennies que les biologistes nous disent que les structures et fonctions individuelles du vivant ne peuvent être sorties de leur contexte. Ce sont les relations et interrelations qui étayent le vivant.
L’annonce qui vient d’être faite à l’occasion du World Economic Forum qui se tient à Davos en Suisse pourrait prendre une dimension historique impactant l’ensemble de l’humanité. Il s’agit ni plus ni moins que de séquencer le génome de tout ce qui vit sur Terre, et d’en conserver...