23/02/2023
Que ne consommerions-nous pas ?
Notre continent, la belle Afrique est souvent perçue comme une terre de grande consommation. Le consommateur africain, tel un water-closet, consomme tout sans jugement et sans tri. Cette étiquette qui lui est apposée est liée à son manque de jugeote ; et connote bien souvent d’une stigmatisation, à peine voilée, de la passivité du consommateur qu’elle représente. Moins de l’activité du grand producteur, le maître orchestre dans ce concert de la chaine de production. Ce n’est pas faux vu que ceux-ci, c’est-à-dire les consommateurs, jettent leur dévolu sur tous les types de produits importés, aussi bien dans l’habillement que dans l’alimentation en passant par les nouvelles technologies jusqu’aux petites télés réalités présentées dans nos médias.
Les médias ! C’est le sujet qui retient notre attention aujourd’hui. Reconnaissons-le : les médias nous informent et nous enseignent, mais de plus en plus ils pourrissent l’esprit au lieu de l’élever. Aux dernières nouvelles moult programmes sont diffusés et sont tout à l’écart de ce que l’on pourrait qualifier de bon pour le public. Ce qui est encore plus à plaindre, c’est la volonté de reproduire et d’insérer dans les mœurs africaines ces programmes qui ne révèlent aucune coïncidence avec la culture africaine dans son ensemble. Rien d’étonnant puisque les africains demeurent des consommateurs passifs. La grande inquiétude est de savoir si nous sommes à même d’adopter une attitude différente, puisque nous consommons sans aucune remise en cause. Sinon Que ne consommerions-nous pas ?
‘’The Bachelor’’ ! Cette télé-réalité franchement indispose et dès les premiers instants de l’annonce précédant sa diffusion l’on pourrait s’arracher les cheveux de la tête à chercher ce qu’elle apporte de plus. Enfin rien, Si ce n’est un accessoire de plus pour brader l’éducation sexuelle des jeunes. Au-delà du précédent élément il n’est pas inutile de relever l’énorme contradiction selon laquelle ces médias qui prétendent lutter pour l’ennoblissement de la femme, s’amusent d’autre part à chosifier sournoisement la femme sous couvert de divertissement télé.
Il est vrai que les différents mouvements clament haut et fort aux jeunes filles qu’elles ont le droit de disposer de leur corps comme bon leur semble. C’est bien juste, parce que c’est leur droit. Mais qu’elles gardent à l’esprit de ne pas le laisser descendre dans la sombre sphère des pratiques futiles, légères, voire aux parterres de la rue. C’est bien juste, leur droit, mais ce droit comporte des obligations à l’égard des autres. Des obligations vis-à-vis du voisin, de l’entourage et du monde en général. L’homme est un animal politique disait Aristote. On n’est jamais rien dans ce monde à l’égard de soi uniquement. On est tout ce qu’on est à l’égard de tout et de tous. Ce qui signifie tout simplement que l’homme ne vit pas en solitaire et que la vie prend tout son sens quand l’homme prend pleinement conscience qu’il est (nait) avec d’autres, qu’il vit dans une communauté : le droit fait appel au devoir. L’usage léger et sans égard de votre corps sous l’égide du droit que vous en avez mène évidemment à cette chosification de cette gent féminine. Chosification que pourtant vous dites combattre, gent que vous dites promouvoir. Ce combat devrait tout autant intégrer les limites à la déchéance de l’être même de la personne de la femme et bien sûr à l’égard de tous. C’est ce qui imposera ce respect, cette considération, cette promotion, la réussite de ce combat. Tout en veillant à laisser chacun dans son rôle plus inspiré par la nature. Car le monde a souvent coulé parce que quelqu’un a, à un moment donné, manqué à son rôle.
On ne peut réclamer son respect tout en bafouant sa propre personne. Dans un parterre de rue tout objet est bon à la ramasse de tout voulant. ‘’Dé-princier’’ la gent féminine est le registre dans lequel s’inscrit cette émission people dite ‘’the bachelor’’.
Des princesses, des reines même qui se rabaissent à l’échelle d’un article de marché, disponible et marchandé au portefeuille du plus offrant. Elles s’exposent, se tortillent, se déhanchent, s’offrent à la merci de celui à qui on clame parité ! égalité !
Sur les affiches publicitaires j’ai pu remarquer combien elles sont toutes ruisselantes de beauté. Mais organiser une vente aux enchères pour cette beauté a fini par la vilipender et lui enlever son aspect unique et spécial. C’est peut-être ainsi, présomption, que dans les siècles sombres de notre histoire l’on organisait la vente aux enchères de nos parents réduits en esclavage. Encore que là-bas la vente se passait devant un public de castes bien nanties. Ici un seul individu fait le public. Mise en scène dévaluant. C’est donc là aujourd’hui un esclavage voulu et organisé par nous même pour nous vendre à vil, non seulement à cet individu, le Don Juan de la partie, mais au monde entier.
Nous sommes déjà coupables d’être de passifs consommateurs. Mais en venir à une consommation bête de tout sans intro conscience de ce que notre organisme supporterait, est criminel. Criminel à l’égard de soi et de tous, même ceux qui feignent d’en avoir conscience. Vous savez, une bien belle fille attire toujours les attentions de chaque regard qui se porte sur elle. Mais si elle s’adonne à l’attention de chaque attention portée sur elle, elle finit par perdre de son aspect mystérieux désiré de tous et par ricochet le spécial de sa beauté.
Les combats pour le genre ne devraient pas être l’aubaine voilée à la dépravation et au gaspillage de sa personne. Si combat il y a réellement, les combattantes et combattants devraient inclure cela à leur plan de bataille afin d’éviter d’ouvrir des portes donnant au béant gouffre des mœurs bafoués foulés au sol. Éviter un fléau social encore plus compliqué à gérer en dépit des nobles intentions ayant débuté ce combat.
‘’The bachelor’’ est tout aux antipodes de nos convictions et avis. On n’est pas obligé de tout consommer. Mieux, on ne doit pas tout consommer. The bachelor est bien plus déshonorant pour la gent féminine que promotionnel. Il ne comporte aucune objectivité éducative pour cette jeunesse à laquelle l’on continue de construire des programmes abrutissants pour annihiler son éveil. Attention jeunesse africaine ! si tant est que nous sommes consommateurs, soyons des consommateurs intro conscients. Sinon que ne consommerions-nous pas ?
The bachelor : le célibataire. Que nous enseigne-t-on donc ? L’attitude du célibataire pour avoir une âme sœur ? Ou l’attitude pour se faire désirer ?
Désirer, oui seulement désirer ; parce que pour se faire aimer il faut bien plus qu’une mise en scène télé-réalité, une mise en scène organisée pour éblouir, un trompe l’œil pour les jeunes et tout destinataire. On n’apprend pas à aimer si ce n’est l’être que l’on aime déjà avec qui on s’apprend à s’aimer.
The bachelor ! que ne consommerions-nous pas ?