31/07/2026
ARRÊTEZ DE CASSER LES PRIX ET COMMENCEZ À CALCULER : LE GÉNIE CIVIL NE SE GÈRE PAS À L’INSTINCT
Depuis quelque temps, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une étrange compétition : qui construira le moins cher ?
On voit des vidéos où certains annoncent qu’ils réalisent une dalle, une maison ou un immeuble à un prix défiant toute concurrence. Immédiatement, d’autres répondent avec un prix encore plus bas. Comme si la compétence d’un ingénieur se mesurait désormais à sa capacité à casser les prix.
Le génie civil n’est pourtant pas un marché où l’on liquide des marchandises.
Un bâtiment n’est pas un téléphone en promotion. Ce n’est pas un vêtement qu’on brade parce qu’il est resté trop longtemps en magasin. Un ouvrage est un patrimoine destiné à durer plusieurs décennies et à protéger des vies humaines.
Pendant que certains se livrent à cette guerre des prix, la réalité du chantier est tout autre.
Le prix du ciment augmente.
Le coût des aciers fluctue constamment.
Le transport devient plus cher.
Le sable et les granulats présentent parfois des qualités très variables.
Les coupures d’électricité ralentissent les productions.
Les fournisseurs cherchent eux aussi à préserver leurs marges.
Même les matériaux livrés doivent être contrôlés, car il n’est pas rare de constater des écarts entre les caractéristiques annoncées et les caractéristiques réellement livrées.
Toutes ces contraintes arrivent sur le chantier.
Et c’est l’entreprise qui doit les absorber.
Elle doit produire un béton conforme, respecter les normes, assurer la sécurité des ouvriers, gérer les délais, contrôler la qualité, garantir la stabilité de l’ouvrage et assumer la responsabilité technique pendant plusieurs années.
Voilà pourquoi une entreprise sérieuse ne fixe jamais ses prix au hasard.
Elle commence par calculer.
Avant d’annoncer un prix, elle établit son sous-détail des prix.
Elle détermine précisément :
* le volume réel des travaux ;
* les quantités de matériaux ;
* le rendement des équipes ;
* le coût horaire de la main-d’œuvre ;
* les frais de chantier ;
* les consommations des engins ;
* les pertes prévisibles ;
* les frais généraux ;
* les imprévus techniques.
Ce n’est qu’après cette analyse qu’elle peut déterminer son coût de revient.
Or beaucoup d’entreprises fonctionnent autrement.
Elles regardent le prix du concurrent.
Puis elles retirent 5 %, 10 % ou 20 %.
Sans même savoir si ce prix couvre leurs propres charges.
Cette pratique n’est pas une stratégie commerciale.
C’est une prise de risque.
Et les conséquences apparaissent rarement le premier jour.
La maison est livrée.
Les murs sont peints.
Le carrelage est posé.
L’éclairage fonctionne.
Le client est heureux.
Mais cinq ans plus t**d commencent les premières fissures.
Dix ans plus t**d apparaissent les infiltrations.
Les enduits se décollent.
Les installations techniques vieillissent prématurément.
Les réparations deviennent coûteuses.
Le bâtiment, censé constituer un patrimoine, devient une source permanente de dépenses.
Pourtant, lors de la signature du contrat, tout semblait moins cher.
La véritable question n’est donc pas :
“Qui construit au prix le plus bas ?”
La vraie question est :
“Qui connaît réellement le coût de son ouvrage ?”
Une entreprise qui maîtrise ses coûts peut optimiser ses méthodes, améliorer sa productivité et proposer un prix compétitif sans sacrifier la qualité.
Une entreprise qui ignore ses coûts sera toujours tentée de compenser ses pertes ailleurs : sur la qualité des matériaux, sur le dosage du béton, sur les contrôles, sur la main-d’œuvre ou sur le suivi du chantier.
C’est là que naissent les pathologies des ouvrages.
Le véritable défi du BTP africain n’est donc pas seulement de construire davantage.
Il est de construire durablement.
Cela passe par une meilleure maîtrise des coûts, une comptabilité analytique rigoureuse, des bibliothèques de sous-détails de prix fiables, des rendements correctement mesurés et une culture de la productivité.
Aux maîtres d’ouvrage, je lance également un appel.
Lorsque vous choisissez une entreprise, ne regardez pas uniquement le montant inscrit en bas du devis.
Demandez comment ce prix a été construit.
Demandez si les études ont été réalisées.
Demandez comment seront contrôlés les matériaux.
Demandez quelles normes seront appliquées.
Demandez qui vérifiera la qualité de l’exécution.
Car, au final, ce n’est pas l’entreprise qui vivra dans votre maison.
C’est vous.
C’est votre famille.
C’est votre patrimoine.
Le génie civil n’est pas une guerre de prix.
C’est une science, une responsabilité et un engagement envers la sécurité, la durabilité et l’avenir.
Avant de chercher à être l’entreprise la moins chère, cherchons d’abord à être celle qui maîtrise le mieux ses coûts.
C’est ainsi que nous construirons des ouvrages durables, des entreprises solides et une véritable industrie de la construction en Afrique.