29/04/2026
MERCI
Voilà, c’est fini.
Aujourd’hui, au tribunal de commerce de Laval, une page se tourne.
Ça n'est pas la fin de notre histoire, mais la fin d’un chapitre.
Celui du redressement judiciaire que nous avions choisi d’engager en mars 2016.
Notre entreprise a été fondée par André Chaudet en 1984. Artisan carreleur qui, victime de son succès, s'est agrandi sans trop le vouloir et a tenu l'entreprise jusqu'à atteindre 22 salariés.
Les trente années qui ont suivi, l'entreprise a traversé des années de croissance, des périodes plus fragiles aussi.
Et puis, doucement, sans bruit, les déséquilibres se sont installés.
Au fil du temps, des dettes clients se sont accumulées insidieusement malgré un carnet de commandes plein et, par un jeu de succession, les factures fournisseurs ont suivi... jusqu’au moment où tout est devenu trop lourd.
Au moment de reprendre l’entreprise, nous avons fait un choix.
Un choix difficile, mais assumé.
Celui d'agir plutôt que de subir, pour assurer la pérennité de cette entreprise familiale et repartir sur une base saine et solide.
Nous avons nous-mêmes demandé le redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce.
Alors oui, nous aurions pu faire beaucoup plus simple ! Comme beaucoup, nous aurions pu liquider et repartir à zéro, laisser derrière nous des dettes impayées, des engagements non tenus et abandonner notre histoire.
Ça n'était pas envisageable. S'asseoir sur 32 ans de relations commerciales avec nos fournisseurs et nos clients n'était pas une option.
Mais l'amour du métier et la volonté ne suffisent malheureusement pas...
Chaque redressement judiciaire commence systématiquement par une mise à 0 des comptes et une phase d’observation de 6 mois, renouvelable une fois par le tribunal de commerce.
Une sorte de montée sur l'échafaud.
Vous faites vos preuves, mais la décision finale ne vous appartient pas. Le couperet peut tomber sur votre tête à tout moment.
C'est pendant cette phase d'observation d'un an que certains clients et quelques fournisseurs vous abandonnent. Que vous passez tout votre temps à tenter de convaincre ceux qui daignent vous écouter... pendant que d'autres ferment vos comptes sans ménagement.
C'est celle où vous découvrez les enjeux, personnels et professionnels.
Et pourtant, pas une fois nous n'avons regretté notre choix, alors que tout nous rappelait que, statistiquement, nous avions 95 % de risques de finir en liquidation.
Malgré tout cela, cette phase s'est déroulée mieux que nous l'espérions. Les chiffres étaient bons.
Le tribunal a reconnu une activité saine, viable, et nous a accordé un plan de continuation sur 10 ans pour nous permettre de payer de façon échelonnée l'intégralité de nos dettes, en nous laissant la main sur la gestion de l'entreprise, sans aucune tutelle.
Première victoire... et pas des moindres ! Moins de 50 % des entreprises passant les portes du tribunal de commerce parviennent à ce stade, qui consiste seulement à avoir le "droit" d'essayer de payer ses factures, et seulement 30 % d'entre elles obtiennent le droit de le faire sans nomination d'un gestionnaire extérieur par le tribunal.
S'en suivent 10 ans (année d'observation incluse) d'une véritable course de fond pour l'entreprise.
10 ans d'interdiction bancaire.
10 ans sans encours fournisseur.
10 ans sans investissements.
10 ans de paiement comptant "au cul du camion", comme on dit.
10 ans pendant lesquels nous avons essuyé 4 départs en retraite, une pandémie et le décès de 3 camions que nous avons été obligés de remplacer.
10 ans à convaincre et rassurer.
10 ans à justifier nos décisions.
10 ans à travailler avec cette épée de Damoclès sur la tête, en se rappelant chaque matin que le moindre défaut de paiement entraînerait instantanément la liquidation de l'entreprise.
À l'issue de ces 10 années, seuls 5 % des entreprises sont encore en activité.
Et nous y sommes parvenus.
Oh m***e... qu'est-ce qu'on est fiers.
Au diable la modestie...
Mais nous savons toutefois que nous ne sommes pas les seuls acteurs de cette victoire.
Nous y sommes parvenus grâce aux quelques fournisseurs qui ont accepté de nous faire confiance malgré des risques évidents (et statistiquement déraisonnables, soyons lucides ).
Grâce à nos clients aussi, qui sont restés à nos côtés, mais aussi et surtout grâce à nos salariés, qui ont compris les enjeux et ont tous fait le choix de rester dans le bateau.
Pas un seul d'entre eux n'est allé pousser la porte d'une autre entreprise, alors que toutes recrutent. Tous ont accepté de nous accompagner dans ce pari fou. Ils ont cru en nous et sont devenus les acteurs principaux de cette réussite.
Pendant 10 ans, nous avons tenu.
Et laissez-moi vous assurer que la chance n'a rien à voir là-dedans. Il n'y a pas eu de miracle... Nous y sommes parvenus par notre travail, notre engagement et nos sacrifices. Car il y en a eu... beaucoup !
Aujourd’hui, nous sortons de ce redressement judiciaire plus solides que nous ne l'avons jamais été.
Et si cette épreuve nous a appris une chose, c’est que derrière une entreprise, il n’y a pas que des chiffres, il y a des femmes, des hommes... des rencontres heureuses, voire salutaires, qui nous ont marqués par leur aide, leur soutien, leurs conseils ou parfois juste leur écoute, et qui nous ont permis de poursuivre notre route.
Ce chapitre se referme, mais il nous laisse bien plus que des lignes comptables assainies.
Il nous laisse des visages, des voix, des mains tendues au bon moment.
Parce qu’au fond, ce sont les rencontres qui ont porté cette traversée.
Merci à tous ceux qui ont partagé un bout de route avec nous... L'histoire continue grâce à vous.
L'entreprise Chaudet est spécialisée dans la fourniture et pose de carrelage et parquets depuis 1984.