08/04/2026
Le Congrès de Milan, tenu du 6 au 11 septembre 1880, reste l'un des événements les plus sombres et les plus débattus de l'histoire de la communauté sourde. Lors de cette conférence internationale d'éducateurs, une décision radicale a été prise : l'interdiction totale de la langue des signes dans l'enseignement des sourds, au profit de la "méthode orale pure" (l'oralisme).
Le vote fut écrasant, mais biaisé : sur les 164 délégués présents, seulement une infime minorité était sourde, et la majorité des participants étaient des fervents partisans de la parole articulée, convaincus que les signes "corrompaient" l'esprit et empêchaient l'intégration sociale. Les conséquences furent immédiates et dévastatrices :
Destruction culturelle : Les professeurs sourds, autrefois piliers de la transmission du savoir, furent licenciés en masse des instituts.
Traumatisme physique et psychologique : Dans les écoles, les mains des enfants étaient parfois attachées dans leur dos ou frappées à coups de règle pour les empêcher de signer. Ils étaient forcés de passer des heures à tenter de produire des sons qu'ils n'entendaient pas.
Appauvrissement intellectuel : En se concentrant uniquement sur la vocalisation, le niveau d'éducation générale des sourds s'est effondré, les isolant davantage de la société.
Ce bannissement a duré près d'un siècle, une période que les historiens appellent souvent le "Siècle de la Nuit". Ce n'est qu'à partir des années 1970 et 1980, sous l'impulsion de mouvements militants et de recherches linguistiques prouvant que la langue des signes est une langue à part entière, que le droit de signer a été progressivement reconquis. En France, il a fallu attendre la loi Fabius de 1991 pour que les parents puissent choisir librement le mode de communication de leur enfant, et 2005 pour que la LSF soit officiellement reconnue comme langue de la République.