06/04/2026
Le Moi Idéal et l’Idéal du Moi dans la Passion Amoureuse
Chaque sujet, homme ou femme, est concerné(e) par l'amour ou le sentiment amoureux. Depuis la nuit des temps, les femmes et les hommes se passionnent pour l'objet d'amour qui les intéresse.
Mais qu'est-ce que l'amour ? Et, comment pouvons-nous définir la passion amoureuse ?
En effet, avant de développer l'aspect psychologique du Moi idéal et de l'idéal du Moi, il me semble intéressant de comprendre la passion et son évolution au travers du temps.
Dans l'antiquité, la passion ne désignait pas nécessairement ce que nous entendons aujourd'hui par grande envie ou amour intense. En effet, elle avait souvent une connotation beaucoup plus ambivalente et parfois même négative. Et pour cause, le terme latin ”passio” vient du verbe patior (subir, endurer). À l'origine il s'agissait donc d'un état passif, quelque chose que l'on subit et qui n'est pas forcément volontaire.
En grec on trouve le mot pathos qui signifie aussi bien ”émotion” que ”souffrance” ou ”affection de l'âme”. (âme qui a largement inspiré Freud dans ses recherches à partir des traditions philosophiques et psychologiques antérieures)
Chez les philosophes grecs la passion (pathos) était vue comme une force interne qui perturbe la raison.
Pour Platon, les passions pouvaient troubler l'harmonie de l'âme si elles ne sont pas maîtrisées. Aristote pensait que les passions pouvaient être utiles quand elles sont mesurées. Enfin, pour les stoïciens, tels que Épictète, Marc Aurèle… , les passions étaient des jugements erronés qui troublent l'âme.
Pour Cicéron et Sénèque, la passion était une forme de servitude intérieure qui réduit notre liberté mais peut également être une force mobilisatrice qui peut devenir des moteurs dramatiques, comme en témoigne souvent la littérature.
D’ailleurs, je ne pense pas me tromper en disant que la passion était plus que présente dans l’œuvre de Racine ou Shakespeare.
Il faut donc comprendre que la passion dans l’antiquité troublait consciemment ou inconsciemment toute personne qui y était confrontée. Pour les philosophes, elle devait être maîtrisée pour atteindre la sagesse, tandis que pour les poètes, elle servait à nourrir le drame.
Depuis le temps des divinités, déesses et mythes en tout genre, les sociétés ont évolué mais il semble que la passion soit toujours source de trouble, pour tout sujet qui vient en analyse ou pour une psychothérapie.
Que pouvons-nous dire de la passion amoureuse au XXIième siècle ?
Il semble indéniable que dans une relation amoureuse, la passion désigne une forte intensité émotionnelle et physique. Le rythme cardiaque s’accélère dès que l’autre, l’objet en psychologie, occupe une place centrale sous forme de désir, de pensées obsessionnelles ou d’attirance incontrôlée et incontrôlable. Et, quelque soit les époques, lorsque la passion amoureuse apparaît, plusieurs signes apparaissent en conséquence.
D’après de nombreux sondages, il semble que l’attraction physique soit un des principaux déclencheurs de la passion avec un désir sexuel souvent intense. Néanmoins, La passion est aussi associée à un élan irrésistible ou obsessionnel, dès lors qu’on pense constamment à l’autre, une exaltation émotionnelle, les joies et les peines sont irrationnellement amplifiées en fonction de l’idéalisation qu’on se fait de l’objet et de ce qu'il peut nous apporter.
Avec la passion amoureuse, le sujet est généralement envahi par le sentiment de se sentir pleinement vivant, ce qui est très positif. Il ou elle est animé par une intense excitation et est plein de créativité dans la relation. C’est un peu l’effet du “coup de foudre”. Et de toute évidence, ce serait là, la principale raison pour laquelle tant de personnes recherchent l’amour passionné. Il faut bien avouer que depuis notre enfance, nous sommes bercés de contes et histoires merveilleuses qui nous donnes l’envie de rêver et de croire qu’un jour, nous aurons nous aussi notre belle histoire d’amour.
Néanmoins la passion amoureuse a aussi ses limites. Car sous l’effet de l’idéalisation, il y a un manque de lucidité qui peut vite entraîner une dépendance affective et surtout un risque de déception lorsque la passion retombe. Car la passion correspond surtout à un amour basé sur l'ardeur et l’attirance, trop souvent éphémère, quand celle-ci n’est pas accompagnée d’intimité et d’engagement, comme l’explique Robert Sternberg avec sa théorie triangulaire de l’amour. En effet, on reconnaît surtout la passion comme une phase initiale de la relation, qui peut évoluer vers un amour plus profond ou s’épuiser. Selon lui et de nombreux autres spécialistes, l’’amour passionné est important au début de la relation et dure généralement de 3 à 12 mois.
Véronique Kohn, psychologue spécialiste des relations de couple explique que la passion est un étape fusionnelle dans laquelle se rejoignent deux personnes fragiles en manque d’affection et même que sans cette fragilité l’amour passionné n’existe pas.
Camille Rochet, psychologue thérapeute de couple et autrice du livre : Les 5 croyances qui empêchent d’être heureux en couple, va même plus loin…
Pour elles l’amour passionnel est totalement fusionnel, l’un des deux sujets s’efface au point de ne plus exister que par l’autre ou toxique, à la recherche de disputes destructrices.
Pour Sophie Touttée Henrotte, également thérapeute de couple, dans la passion, l’autre devient une obsession, il ou elle nous appartient au point que plus rien d’autre n’existe et que quand cet amour devient pathologique, la relation est vouée à l’échec.
Ce qui ressort de tous ces avis ou recherches, c’est que l’amour passionnel a quelque chose d’instinctif et naturel. Pour Aurore Malet-Kars, docteur en neurosciences, thérapeute de couples et sexologue, la passion peut être plus saine car elle apporte de l’authenticité. Authentique, sans aucun doute, car il souvent irraisonné et presque toujours inconscient, voire incontrôlable. Je pense même que la passion dépasse le Moi.
Suite au prochain épisode 😉