25/05/2026
L’anniversaire de Gisèle : un âge où l’on compte les bonheurs
Nous avons passé une journée ensemble.
Gisèle, son petit-fils, sa petite-fille et moi.
C’était son anniversaire.
Un âge où, comme elle me l’a dit avec douceur,
“on ne compte plus les années… on compte les moments de bonheur.”
Alors ce jour-là, nous avons compté les sourires, les rires, les gestes, les découvertes, les petites maladresses et les grands éclats de vie.
Pour cette journée, nous avions préparé plusieurs activités :
Un atelier photo.
Un atelier argile.
Un atelier autour des cinq sens.
Et un atelier “tous à table les yeux bandés”.
Gisèle a perdu la vue, alors pour une fois, c’est elle qui allait nous apprendre.
Elle m’a appris le toucher du visage, l’écoute des bruits, la manière de se repérer, de marcher avec une canne, de sentir autrement ce que les yeux ne voient plus.
Au début, nous avons beaucoup rigolé.
Impossible de garder notre sérieux.
Puis son petit-fils a apporté son appareil photo.
Je suis allée chercher la petite clochette du salon et j’ai lancé :
— Aujourd’hui, c’est Gisèle qui prend les photos. Et toi, tu devras attirer son attention avec la clochette !
Quelle crise de fou rire…
Son petit-fils agitait la clochette, faisait des signes, bougeait dans le jardin, et Gisèle, guidée par le son, essayait de le photographier.
Ce n’était peut-être pas des photos parfaitement cadrées.
Mais c’étaient des photos pleines de vie.
Pendant ce temps, sa petite-fille préparait le repas et le dessert.
Il y avait dans la maison cette ambiance douce des jours précieux : des bruits de cuisine, des rires, des pas dans le jardin, des voix qui se répondent.
Puis nous avons fait quelques figurines avec de l’argile.
Un moment plus calme.
Plus lent.
Les mains dans la matière, les doigts qui cherchent, qui ressentent, qui créent.
Douceur, détente, présence.
Et puis nous sommes passés à table.
Et là… le délire total.
Tout le monde avec un bandana sur les yeux.
Même Gisèle.
Je crois que plus maladroite que moi, ce n’était pas possible.
Je n’arrivais même pas à porter une bouchée de petits pois à ma bouche.
Ils s’échappaient partout sur la table.
On riait tellement que ça devenait encore plus compliqué.
Et le dessert…
Il fallait tâtonner pour attraper un fruit, trouver le fromage blanc, ne pas renverser, deviner ce que l’on touchait.
Pour nous, c’était un jeu.
Pour Gisèle, c’est une réalité du quotidien.
Et c’est là que cette journée a pris tout son sens.
Nous n’avons pas seulement fêté un anniversaire.
Nous avons partagé un bout de son monde.
Nous avons découvert autrement.
Nous avons ri avec elle, appris avec elle, avancé avec elle.
Ce jour-là, Gisèle n’était pas “la personne qui ne voit plus”.
Elle était celle qui nous guidait.
Celle qui nous apprenait.
Celle qui riait de nos maladresses.
Celle qui nous montrait qu’il existe mille façons de voir la vie.
Et moi, ce jour-là, j’ai encore compris pourquoi Vi’eux mais heureux existe.
Pour ces instants-là.
Pour ces regards sans les yeux.
Pour ces mains qui racontent.
Pour ces rires qui réveillent.
Pour ces moments où l’on ne compte plus les années…
mais seulement le bonheur d’être ensemble.