11/09/2026
À propos d’anxiété des jeunes …
Il y a des chiffres qu'on lit une fois et qu'on oublie. Et il y a des chiffres qu'on lit et qui viennent confirmer, noir sur blanc, ce que l'on observe depuis des années sur le terrain. Pour moi, psychopédagogue relaxologue, ce sont les seconds.
Les données les plus récentes sur la santé mentale des jeunes en France ne laissent guère de place au doute. Selon le dernier baromètre du moral des adolescents mené par Ipsos, près d'un jeune sur deux se dit concerné par des troubles anxieux, et plus d'un adolescent sur quatre présente les signes d'un trouble anxieux généralisé avéré. L'école y tient une place centrale : pour un adolescent sur quatre, elle constitue une source d'angoisse à part entière, et plus de six élèves sur dix reconnaissent être submergés par le stress au moment des évaluations et des rendus de notes.
Ce mal-être ne s'arrête pas à l'adolescence : il commence dès le collège, où plus de quatre collégiens sur dix disent avoir déjà eu mal au ventre à la seule idée d'aller en cours, et se prolonge après le bac, avec des enquêtes étudiantes qui pointent un mal-être touchant la majorité des jeunes interrogés. Un rapport de l'UNICEF publié en 2025 confirme la tendance à l'échelle internationale : dans plusieurs pays riches, dont la France, la satisfaction de vie des adolescents a nettement reculé depuis la pandémie, tandis que le harcèlement entre pairs progresse.
Des chiffres, encore des chiffres. Mais derrière chacun d'eux, il y a un enfant, un adolescent, un jeune adulte, assis en face de moi.
Dans mon cabinet, je reçois des enfants à partir de sept ans, des adolescents et des jeunes adultes — et souvent aussi leurs parents. Et ce que je constate, année après année, c'est à quel point le système scolaire, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, met à mal quelque chose de bien plus profond qu'une simple note ou qu'un simple contrôle : la confiance en soi, l'estime de soi, et jusqu'à la croyance en l'avenir.
Je vois des enfants qui ont mal au ventre le dimanche soir, le mercredi soir, et puis plus fréquemment. Des adolescents qui « crisent » avant un contrôle non pas parce qu'ils n'ont pas travaillé, mais parce qu'ils ont peur de ne pas être « assez ». Des jeunes qui, à force d'être évalués, comparés, classés, finissent par confondre leur valeur en tant que personne avec leur moyenne générale. Et je vois des parents désemparés, qui ne savent plus comment accompagner sans ajouter de la pression à la pression.
Face à ce constat, j'entends souvent le même refrain : c'était mieux avant, les jeunes d'aujourd'hui seraient plus fragiles, moins armés, moins capables de « s'adapter » ou de faire des efforts. C'est un discours confortable — celui de ceux qui sont passés par là et pour qui, précisément parce que c'est terminé pour eux, il devient facile de juger ceux qui n'y arrivent pas « comme il faudrait ».
Je crois que cette querelle générationnelle est non seulement fatigante, mais surtout profondément stérile. Elle nous dispense de nous mettre à la place des jeunes et de ce qu'ils vivent réellement aujourd'hui : une pression scolaire permanente, une hyperconnexion qui ne laisse plus de répit, une actualité anxiogène, une injonction à la performance dès le plus jeune âge, et un avenir professionnel et climatique qui, vu d'en bas, n'a rien de rassurant. On ne peut pas exiger d'eux une résilience à toute épreuve tout en refusant de questionner ce qu'on leur impose.
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On parle beaucoup, en ce moment, d'apprendre l'empathie aux enfants à l'école. C'est une belle intention. Mais elle ne peut pas fonctionner tant que le système lui-même, et les adultes qui le font vivre, ne sont pas eux-mêmes bienveillants avec l'enfance, avec l'apprentissage, et avec le sens que l'on donne à tout cela. On ne transmet pas l'empathie par un programme : on la transmet par la façon dont on regarde et dont on traite les enfants au quotidien.
C'est tout le sens de mon travail en cabinet : ne pas apporter de solutions clé en main, mais accompagner chaque enfant, chaque adolescent, chaque jeune adulte dans ce qu'il vit vraiment, avec écoute et sur-mesure. Parce qu'avant de demander aux jeunes de croire en l'avenir, il faudrait peut-être commencer par leur montrer qu'on croit en eux, tels qu'ils sont, maintenant.
Isabelle Bordet, psychopédagogue Relaxologue