18/12/2022
Comment le chauffage a modifié notre vie sociale
La chaleur, ça se partage...
Pendant des milliers d’années, nos ancêtres ont eu seulement le feu comme moyen pour se chauffer. Le bois est rare, précieux et les cheminées peu efficaces, "donc la chaleur était quelque chose de partagé, analyse Olivier Jandot. On avait tendance à se regrouper aussi bien dans les rues, où, lors des hivers rigoureux, on faisait des feux publics, qu'à l’intérieur des habitations, en particulier à ce moment précis de la journée qui était la veillée."
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Dans les hameaux, on se retrouve ainsi entre voisins, chacun à son tour apportant la bûche à brûler pour la veillée. Ce moment d’échanges privilégiés pouvait même changer une vie, car il était "un lieu de sociabilité intense, un lieu où vont se transmettre, par exemple, les contes traditionnels. C’est aussi un lieu où on pratique des activités manuelles, les femmes filent, les hommes réparent des outils. Et puis, c’est aussi un lieu où on se rencontre entre jeunes, sous le regard des parents. C’est souvent au cours des veillées que s'arrangent les mariages ou que se tissent des liens entre les jeunes gens," précise l'historien.
Ces pratiques sociales sont codifiées. Les règles d’usages peuvent être tacites mais on en retrouve dans les manuels de savoir vivre d'après Olivier Jandot : "On y explique comment céder sa place à une personne dont le rang social est plus élevé que le sien. On comprend donc qu’il y avait de bonnes et de mauvaises places par rapport à la chaleur. Dans certaines régions rurales, le placement autour de la cheminée à la veillée est extrêmement codifié avec la chaise du chef de famille, le placement des hommes, des femmes et des enfants. On se rend compte que la chaleur est un élément de structuration sociale."
ce qui implique de la promiscuité
Pour profiter au mieux de la chaleur, on n’occupe qu’une seule pièce de la maison. Et il n’est pas rare que les membres de la famille partagent le même lit. De la même façon, on recherche la proximité des bêtes, surtout dans les régions maritimes ou montagnardes pauvres en bois. "En Bretagne par exemple, dans les maisons paysannes, et jusqu'au début du XXe siècle, la pièce principale était séparée en deux, la famille vivant d'un côté, les vaches de l'autre" rappelle l'historien.
Au-delà de cette grande promiscuité, la sociabilité de nos ancêtres était différente de la nôtre aussi par cette habitude qui peut nous paraître paradoxale aujourd'hui : quand il fait froid, on ne reste pas chez soi