01/11/2025
✨ Enseigner, c’est s’interroger.
J’ai passé le Master, refondu mes cours, repensé ma pratique et cette relation de « je t’aime, moi non plus » avec nos cousins architectes.
Et puis, il y a mes étudiants. Leur regard, leurs doutes, leur énergie.
Oui, je suis sans doute un boomer de 55 ans, mais comme me le dit ma fille avec malice : « Tant que tu t’interroges, rien n’est perdu. »
Deux visions du monde, une seule humanité.
Ma génération croyait au progrès, au travail, à la construction patiente d’un monde meilleur. Nous avons bâti, inventé, transmis. Nous pensions que chaque effort laisserait une trace durable.
Je savais que les différences – de genre, de couleur ou de culture – étaient parfois maltraitées, subissaient des injustices ou de la violence, mais je voyais ces comportements comme des anomalies. Je ne suis pas naïf, mais la haine n’a jamais été programmée dans mon cerveau de zèbre.
Aujourd’hui, d’autres arrivent : plus jeunes, plus lucides, souvent plus inquiets.
Ils ont grandi entre crises, canicules et incertitudes. Le monde est-il plus violent ? Je ne le crois pas, moins stable, et sans repères solides: évidement.
Ils ne rêvent plus de conquérir, mais de réparer. Leur ambition c'est faire mieux, pas plus vite.
Entre nos deux générations, pas de fracture : juste un décalage de rythme.
Nous avançons avec la mémoire des fondations ; eux avec la conscience du sol qui bouge sous leurs pieds. Quand les plus âgés disent : « Nous avons construit », les plus jeunes répondent : « Nous devons réparer. »
Encore une évidence dont ma génération doit prendre conscience: Le monde que nous leur laissons ne fait plus rêver... Peut-être faut-il bâtir autrement, avec moins d’arrogance et plus de soin.
Enseigner aujourd’hui, c’est naviguer entre ces deux visions du monde. Comprendre que la transmission ne passe plus seulement par le savoir, mais aussi par l’écoute, la curiosité et le respect mutuel. La génération qui enseigne détient la mémoire du sens, celle qui apprend détient l’énergie du changement.
Entre les deux, il ne s’agit pas de choisir un camp : c’est du dialogue que naît la lumière.
Je ne crois pas à un choc de générations, mais à un frottement de temporalités.
Je viens d’un monde qui valorisait la construction lente, eux, d’un monde où tout s’actualise sans cesse.
Le pont entre nous, c’est la transmission : leur apprendre à ralentir, apprendre d’eux à rebondir.
Pfff… pu**in d’boomer. Moi qui croyais être encore jeune, mais la route continue, escarpée, vivante.