08/02/2026
Mobilisés pour exprimer leur « ras-le-bol fiscal »
Sophie Benoit
Mobilisation atypique, hier. Pour la première fois, artisans des travaux publics et du paysage, infirmiers libéraux et agriculteurs ont manifesté ensemble pour dénoncer « un ras-le-bol fiscal ».
« Nos métiers sont différents mais nous partageons le même ras-le-bol ». Au micro, Erwan Déniel dit tout haut ce que les autres, autour de lui, pensent tout bas. Ce samedi matin, artisans des travaux publics et du paysage, infirmiers libéraux, agriculteurs adhérant à la Coordination rurale sont venus manifester à Quimper. Après un rassemblement zone de Troyalac’h, le cortège de camions et de tracteurs s’est dirigé à grands coups de klaxons place de la Résistance.
Devant les grilles de la préfecture, une soixantaine de personnes écoute le président de la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage du Finistère. Il parle d'« un système fiscal qui étouffe ceux qui travaillent, des charges toujours plus lourdes, des normes qui s’empilent pendant que nos entreprises, exploitations et cabinet tirent la langue ».
« Où va notre argent ? »
« On se demande où va notre argent, confirme Frédéric, artisan dans les travaux publics depuis huit ans. Le peu qu’on gagne, on le redonne. Aujourd’hui, il y a des artisans, des agriculteurs, des infirmiers. Mais la France entière pourrait être là ». Marc, employé depuis 25 ans dans les travaux publics et dont l’épouse est artisan coiffeuse, acquiesce. « On paie des taxes tout le temps. Et pourtant, la France a une dette de plus de 3 000 milliards d’euros ».
Laurent, responsable d’une entreprise de TP de quinze salariés depuis plus de vingt ans, ne dit pas autre chose. Et au vu du constat, il craint une baisse de l’activité en 2026. « Les entreprises investissent moins, les ménages n’investissent plus, il y a beaucoup moins de terrains à cause de normes aberrantes ». Lui, estime que 30 % de son chiffre d’affaires « passe » dans les taxes et hausses des coûts. « Je suis obligé d’augmenter mes prix. Mais qui paie au final ? Celui qui est tout en bas », déplore-t-il.
« On n’est pas rémunéré à notre juste valeur »
Infirmière libérale depuis 26 ans, Marina dénonce « une dévalorisation de notre profession » et des tâches administratives « beaucoup trop lourdes ». Johanna, qui exerce depuis 22 ans, ajoute : « Et on est multicasquette : assistante sociale, aide à domicile… ».
Stéphanie, dix ans de métier, dénonce alors « le manque de reconnaissance ». Et précise : « Mon mari est artisan. Au quotidien, on a une charge de travail mais on n’est pas rémunéré à notre juste valeur. Aujourd’hui, les trois corps de métiers sont là car ils vivent la même chose… On est taxé mais pas reconnu ».
« Une manifestation vitale »
« On est tous dans le même bateau », assure lui aussi Sébastien Abgrall, président de la Coordination rurale du Finistère, qui évoque « une manifestation pas politique mais vitale ». Ce samedi, il avoue qu’il aurait aimé voir plus de manifestants. « Mais les gens sont résignés, glisse-t-il. Chaque jour, ça se dégrade et il faut que ça change ».
D’ajouter : « On ne veut pas vivre des aides. On veut vivre de notre travail. On est content de payer des impôts mais il faut que ça serve à quelque chose ».