08/03/2025
Un des très nombreux textes étudiés avec les élèves que j'accompagne.
Époustouflant, certes -époustouflant comme du Rimbaud- mais surtout hélas terriblement d'actualité car la guerre, l'horreur de la guerre, est intemporelle et que quelle que soit sa forme nous n'en voulons pas.
Outre la description de l'horreur des combats ce texte, un sonnet, par sa signification, par sa construction, s'érige pour dénoncer l'absurdité de la guerre, l'hypocrisie et la lâcheté des puissants, politiques, monarques, religieux, qui "regardent ailleurs", cautionnant la guerre, et s'insurge ainsi contre le pouvoir en place et l'Église...
-Le Mal-
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
-Arthur Rimbaud-