25/10/2025
Encore indisponible en France, la Friend Map d’Instagram fait déjà polémique.
Une fonctionnalité séduisante en surface, mais intrusive par conception
Meta présente la Friend Map comme un outil destiné à renforcer les liens sociaux. Il s’agit de savoir où se trouvent ses amis à un instant donné, ou encore de découvrir de nouveaux lieux à partir de leur activité. L’expérience se veut ludique, un prolongement de l’usage déjà répandu des check-in et des tags de localisation dans les Stories.
Techniquement, la Friend Map s’appuie sur le GPS, le WiFi et le Bluetooth du smartphone pour géolocaliser l’utilisateur ou l’utilisatrice (la fonctionnalité n’est pas disponible sur desktop). Si celui ou celle-ci accepte le partage, ses amis peuvent le ou la voir apparaître sur la carte en temps réel. Comme sur Snap Map, de Snapchat, des contenus publics liés à une position (Reels, Stories, posts) sont visibles pendant 24 heures.
Mais ce qui inquiète, c’est moins la fonctionnalité en elle-même que son fonctionnement sous-jacent. Plusieurs observateurs, dont Proton et Check Point Research, rappellent que l’accès à la Friend Map n’est pas neutre. Dès lors que l’on a déjà utilisé la géolocalisation dans Instagram (par exemple pour taguer un lieu), il est possible que l’application conserve cette autorisation et la réactive sans que l’utilisatrice ou l’utilisateur en ait pleinement conscience.
Pour l’instant, le déploiement se limite aux États-Unis, mais Meta prévoit une extension mondiale. Mais, pour les raisons citées ci-dessus et plus t**d dans l’article, son arrivée en France et dans l’Union européenne ne pourra se faire en l’état.
Des risques bien réels pour la vie privée et la sécurité des utilisatrices et utilisateurs
Les critiques se concentrent sur la nature et la centralisation des données collectées. Check Point distingue deux types d’informations : les journaux de localisation, enregistrés à chaque ouverture ou réactivation de l’application, et les données liées aux contenus, dès lors qu’une publication est associée à un lieu. Ces informations sont stockées sur les serveurs de Meta, dans la même infrastructure que Facebook et Messenger, et ne bénéficient pas de chiffrement de bout en bout. Concrètement, cela signifie que Meta (et potentiellement ses employés) peut y accéder et qu’en cas de fuite, un attaquant disposerait non seulement d’identifiants mais aussi d’un historique de déplacements.
Les risques sont doubles. D’un côté, il y a le danger physique : harcèlement, suivi, cambriolage facilité par l’observation de trajets ou d’absences répétées, exposition particulière pour les mineurs… De l’autre, un danger numérique : la localisation devient un outil supplémentaire de profilage. En la combinant avec les données comportementales déjà massivement collectées par Meta, l’entreprise peut affiner son ciblage publicitaire. Mais les mêmes méthodes peuvent être exploitées par des cybercriminels pour du phishing ou des escroqueries.
Au-delà de l’usage commercial, le partage de la localisation pose aussi des enjeux sociopolitiques. Dans certains pays, ces données pourraient être utilisées par les autorités pour cibler des minorités ou des pratiques criminalisées. Autrement dit, la Friend Map expose bien plus que des points sur une carte.
Encore indisponible en France, la Friend Map d'Instagram fait déjà polémique. Un outil jugé plus intrusif que Snap Map et Find My, aux risques accrus pour la vie privée.