02/03/2024
Haïti et l'expérience quotidienne du Vendredi Saint
Pour les chrétiens et les croyants, le Vendredi Saint est une journée d'une grande intensité, marquée notamment par la crucifixion de Jésus, un prophète dont la mission était de libérer son peuple, Israël, de l'oppression romaine. En s'opposant radicalement à ce système d'oppression ainsi qu'au statu quo de la religion juive, Jésus s'est attiré la colère des autorités et des religieux de l'époque, qui ont conspiré pour le faire mourir dans les conditions les plus cruelles, le clouant sur une croix, symbole de torture extrême.
Cette histoire résonne avec celle d'Haïti depuis ses origines. Autrefois paisible, respectueuse et harmonieuse dans les Caraïbes, Haïti a été envahie par des colons qui ont usé de ruse pour gagner la confiance de ses habitants. Sous prétexte d'intérêt pour leur culture et leur relation à l'environnement, ces colons ont été accueillis chez nos ancêtres, marquant ainsi le début de leur calvaire. Massacrés par milliers, avec la complicité de l'Église, nos ancêtres ont été poussés au bout de leurs forces.
Sous l'égide d'hommes d'église, la traite des Noirs a commencé en Haïti. Des frères et sœurs africains ont été vendus comme marchandises, déshumanisés dès leur arrivée sur notre terre. Malgré ces épreuves, des figures telles que Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion et Henri Christophe ont lutté courageusement contre les colons, remportant même des victoires contre la redoutable armée de Napoléon Bonaparte.
Cependant, la victoire d'Haïti contre l'armée française a été perçue comme une menace par les puissances occidentales, qui ont isolé et ostracisé notre nation. L'indépendance d'Haïti n'a pas été reconnue et une lourde indemnité a été imposée au pays, contribuant à sa descente aux enfers. Des périodes d'instabilité politique, marquées par des interventions étrangères et la dictature des Duvalier, ont suivi, entraînant le pillage de nos richesses et la destruction de notre tissu social.
Il est vrai que la démocratie a favorisé la liberté d'expression, mais mis à part cela, les conséquences positives semblent rares. Au contraire, nous observons une augmentation de l'injustice sociale, du vol, des viols, ainsi que le démantèlement de la force de défense d'Haïti, la vente de matériel militaire, la destruction de la production locale, la misère, la propagation de la haine, une instabilité perpétuelle, une gangstérisation généralisée, et même l'impossibilité pour certains d'accéder à l'éducation. De plus, nous assistons à l'émergence de bandits, de voleurs et de criminels aux plus hautes sphères de l'État, ainsi qu'à une dépendance croissante à l'égard de la communauté internationale.
Ces conséquences malheureuses semblent bénéficier à une grande partie de la communauté internationale, qui a toujours travaillé dans ce sens. La mort brutale de l'ancien président Jovenel Moïse a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, marquant une phase de somalisation où les citoyens se retrouvent prisonniers dans leur propre pays. Des quartiers sont vidés, des écoles sont abandonnées, et des départements sont fragmentés. Des femmes, des hommes et des enfants sont victimes de viols, d'enlèvements et de meurtres, sous les yeux impuissants du corps de police et du gouvernement haïtien. Des religieux et des religieuses, jeunes et moins jeunes, sont pris en otage, et des événements traumatisants se multiplient.
Tous ces éléments ne reflètent-ils pas le vécu quotidien du peuple haïtien, évoquant une sorte de Vendredi Saint perpétuel ? Nous assistons à une problématique familière : la mondialisation de l'indifférence. Alors que notre peuple souffre, nous sommes témoins d'un racisme systématique, où d'autres vies semblent plus importantes que les nôtres. Mais en réalité, notre libération est une réponse à votre cruauté. Vous cherchez à nous anéantir, mais vous avez déjà presque épuisé nos ressources.
Nous comprenons vos projets pour la race noire et pour Haïti, mais nous vous demandons d'agir avec un peu plus d'humanité, en accord avec vos valeurs démocratiques. Hommes et femmes soucieux du respect de la personne humaine, ne devenez pas complices de ce projet cruel. Il est temps de se ressaisir, de rejeter la mondialisation de l'indifférence envers les personnes noires.
Haïtiens et Haïtiennes, il est temps de nous lever et de dire non à cette réalité. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'un bien-être individuel. Nous devons aspirer à un bien-être collectif, communautaire. Musiciens, artistes, religieux, intellectuels, politiciens, nous ne pouvons plus continuer ainsi. Nous devons refuser de nous rendre complices de l'atrocité que certaines parties de la communauté internationale et du gouvernement haïtien exercent sur notre peuple. Nous sommes tous liés, condamnés à vivre ensemble. Haïti est notre Haïti à tous et à toutes. Changeons de paradigme ! Disons non à l'injustice, à la violence, au viol, à la haine et à l'instabilité. Disons oui à un nouveau Haïti, où l'éducation, la santé, le logement et la paix sont accessibles à tous et à toutes.
Biondy Capitaine, un appel du cœur pour une éducation à l'humanité.
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