25/05/2024
Depuis bientôt deux semaines, je n’ai pas les mots.
Il n’y a plus de mot pour décrire ce que vivent les calédoniens.
Parce que ceci est un deuil.
Gigantesque, collectif, absurde, injuste.
Le deuil d’un.e proche, victime directe ou collatérale des violences qui sévissent actuellement dans notre pays.
Le deuil de la paix et de la liberté. Le deuil d'une identité, d’un pays unique en son genre, riche de sa diversité, de son histoire, de son métissage culturel.
Le deuil de milliers d’emplois et d’entreprises. Le deuil d’un foyer, d’une école, d’un lieu de partage ou de loisir. Le deuil d’une vie qui est à reconstruire depuis ses fondations.
Aujourd’hui j’ai peur, je suis triste, je suis en colère.
Je suis en deuil.
La tentation est grande de se laisser sombrer, de se laisser envahir par le désespoir. Je connais trop bien ce chemin pour savoir à quel point il est long et périlleux.
Malgré tout, je continue à croire à l’extraordinaire pouvoir de la résilience et de la métamorphose, surtout quand elles sont vécues avec la force de la communauté.
Je voudrais que le calme revienne, que l’agonie cesse, pour que nous puissions entamer le lent chemin de la reconstruction.
Ces jours-ci, comme beaucoup d’entre vous, je me suis réfugiée dans l’action, pour éviter de trop penser à l’avenir. Je protège ma famille, ma maison, ma rue. J’ignore ce que va devenir le Papillon Bleu. Dans cette période trouble, je tente de retrouver mes repères dans mon métier de vétérinaire. La clinique où je travaille est, par chance, toujours debout, et j’œuvre chaque jour à panser les plaies de mon âme en soignant, au sens premier du terme.
Prenez soin de vous, et de celles et ceux qui vous entourent.
Julie